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La note ne mesure pas ce que l’on pense…

 

2015-02-26 19_19_40-

Pédagogie 3.0: La force d’engendrer des progrès mesurables.

     Suite à la conférence sur les 5 éléments les plus payants de la pédagogie 3.0, j’ai souvent la question suivante : “Est-ce que justement, ce système où la différence entre des notes ne peut pas engager certains élèves à saboter leur résultats au début afin d’obtenir des médailles par la suite”? Il faut voir la vidéo pour comprendre cette question.

Les élèves certes “courent” après les médailles, toutefois ils les voient plus pour la fonction qu’elles ont, soit de les informer sur le progrès qu’ils font. Après la conférence à Lyon, j’ai aussi eu cette question. Les médailles ne sont pas un système externe où l’attention des élèves est détournée (problème avec des éléments pouvant amener que de la motivation extrinsèque). C’est plus une reconnaissance reliée au plaisir de voir les résultats s’améliorer suite au déploiement de nouvelles stratégies par l’élève, aussi subtile et petit ces améliorations peuvent être. C’est un outil qui communique l’information juste et équitable à tous.

Il y avait eu une discussion de classe que je me rappelle très bien où une fille avait dit qu’elle ne voulait pas faire les combats, et elle demandait si elle avait le droit de ne pas en faire (car les élèves avaient inventé les tournois que je n’ai pas parlé dans la conférence). Un élève lui a alors répondu :”ça ne nous dérange pas que tu ne fasses pas de combats, les clans ou les médailles, nous, tout ce qu’on veut, c’est que tes notes montent”! Et dans ce cas-là, c’était deux élèves dans la plage de 75% qui se parlaient. Extraordinaire qu’un élève de 11 puisse avoir ce discours. Donc non, les élèves n’ont pas stratégiquement même pensé saboter leurs résultats pour pouvoir obtenir des médailles à la prochaine étape. Car il n’y avait pas de médailles… Juste que je marquais sur leurs copies la médaille obtenue à cette évaluation.

De plus, la note de “départ” sur laquelle les médailles sont comptées est la note de la dernière étape passée dans cette matière (les notes de lecture sont comparées avec les notes en lecture)… Donc, ce n’est pas entre le formatif et le sommatif, mais les résultats sont toujours comparés avec les résultats de la dernière étape. Donc, pour arriver à avoir plus de médailles, il faudrait qu’ils sabotent consciemment leur résultat pendant une étape entière, ce qui ne serait difficilement réalisable.

Une autre critique de ce système est que les élèves voient des notions différentes à la 1e étape… Ainsi, en math, ils peuvent voir la géométrie et de l’algèbre alors qu’à la seconde étape, ils vont voir les courbes paraboliques et d’autres notions… On critiquait alors l’approche en disant que si on compare alors les résultats de la première étape avec ce qui est fait en cours de la seconde, on ne compare pas l’apprentissage de mêmes notions, donc le système des médailles ne peut s’appliquer… Au premier niveau, en effet, ça semble être vrai et on ne pourrait baser les médailles sur la différence entre les résultats…

Toutefois, fondamentalement, ce que j’ai découvert avec ce système, c’est qu’un 70% veut dire qu’on a compris et appliqué 70% des stratégies montrées ou nécessaires pour réussir dans telle notion. Si, dans l’autre notion, on obtient 90% ou 60%, en fait, ce qui est mesuré fondamentalement, c’est l’application des stratégies nécessaires en rapport à telle ou telle notion. Ce n’est donc pas forcément la notion, mais compréhension et l’application des stratégies efficaces… À cette lumière, on se retrouve donc avec 2 éléments sur lesquelles on peut travailler, peu importe, le niveau et la matière, soit expliciter la matière, et s’assurer que les élèves pourront la déployer au bon moment. Et puisque la note mesure finalement la capacité d’un élève à un moment “X” à déployer en action ses connaissances, alors la matière devient qu’un sujet.

Certes il y a d’autres facteurs, dont la perception d’un apprenant face à la notion “x”. Si l’élève aime ou non telle notion il alors une différente “inertie” à lutter contre avant d’apprendre quoi que ce soit. S’il aime, il se lance tout de suite, s’il déteste alors parfois, l’inertie l’emporte. Toutefois n’importe qui aimera quelque chose dans lequel il réussit. Si je me fais tuer 50 fois dès que je joue à un jeu de guerre, je n’aimerais pas ça… Ce que font les médailles à ce niveau, c’est de donner une rétroaction de succès, de dépassement de soi, au-delà du résultat qui lui, peut paraître relativement mauvais… Et ici, pour un élève, obtenir 85% peut être un très mauvais résultat pour l’un et quelque chose inaccessible pour l’autre… L’information sur le résultat + la médaille apporte une information supplémentaire à ce niveau qui engage l’élève à s’intéresser aux stratégies nécessaires pour réussir, peu importe la notion. Sans ce système, les micros progrès passent inaperçus, de même que la rétroaction sur ce qui importe le plus à mon sens, soi qu’il est important de rendre visible les fluctuations dans l’apprentissage d’un jeune en fonction du lien entre ces efforts et nouvelles stratégies déployés, et le résultat qu’il obtient. Un élève qui a 30% et qui passe à 38% est encore en échec dans sa tête, et de bâtir un système qui fait que son progrès est quand même souligné, ne peut faire réellement une différence…

 

Pour en savoir plus sur la pédaogie 3.0, allez ici.

Join the discussion 3 Comments

  • Mrs K dit :

    Bonjour,
    J’ai apprécié visionner votre présentation à Lyon et elle vient confirmer mon envie de mettre en pratique vos idées 😉 ! J’ai toutefois une question: les clans sont définis selon quels critères? Et pour quelle durée? Je suis prof d’anglais en collège en France, et j’aimerais tester ça pour ce dernier trimestre avec mes élèves les plus jeune (11 ans).
    Encore merci pour le partage de vos réflexions, vos découvertes, vos échecs et vos réussites, cela m’aide énormément!

    Au plaisir de pouvoir, un jour, assister en direct à une de vos intervention!

    Michèle

    • stephane dit :

      Bonjour

      Merci pour votre intérêt! Les clans sont libres, c’est-à-dire que c’est eux qui décident avec qui ils vont se placer. Car en fin de compte, ils vont devoir s’entraider et je préfère qu’ils se choisissent. Lors du “premier tour”, j’ai imposé que l’équipe choisie soit la même pour les 3 prochaines semaines. Je voulais éviter qu’un élève se fasse rejeter parce qu’il n’arrivait pas à progresser. Le premier tour en était un de pratique, c’est-à-dire qu’ils essaieraient pour voir si c’était à leur avantage de fonctionner ainsi, mais que le second tour, où ils pourraient changer d’équipe, serait “la vraie”.

      Dans les faits, très peu de gens ont changé d’équipe au second tour. Parce qu’après tout, ils voient plus la notion de plaisir, supporter par des pairs, que le désir ardent de gagner de points qui en fin de compte, ne donne vraiment rien du tout dans la classe.

      Au plaisir de vous rencontrer un jour!
      Stéphane

  • Mrs K dit :

    Merci pour cette réponse détaillée, précise et rapide! Je pense donc leur demander de faire 3 clans, et mettre tout en place la semaine prochaine! Je vous tiendrais au courant des résultats via Twitter!
    A bientôt sur la toile,
    Michèle

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