@flebras56 @JDaniel_M C'est un beau travail, dommage que ce soit fait sur quelque chose qui en plus d'être non fondé :(

Il y a 8 heures De Stéphane Côté's Twitter via Twitter for Android

Gestion de classe : Le “Post-it” qui supporte l’autonomie!

théorie

Image 1 : “J’aimerais aller en “Théorie”, car en “Théorie”, tout va bien”. Auteur inconnu

        On vise souvent des objectifs, des idéaux quand on est enseignant. Or, entre notre désir et la réalité de la classe, il y a parfois un fossé profond dans lequel on s’engouffre parfois.  La majorité rebrousse alors chemin et revient dans des méthodes de travail moins hasardeuses, alors que d’autres, des fous ou des génies persévérants, poursuivent pour éclairer ces passages obscurs…

Mon billet d’aujourd’hui va couvrir 12 ans d’évolution au niveau de la place des élèves dans la classe… J’ai toujours voulu qu’ils puissent être dans leur classe, et non des visiteurs dans la mienne… Toutefois, en les laissant choisir, on se retrouve rapidement dans une ambiance de classe cacophonique et paralysante… Pourtant, il m’était capital qu’ils apprennent à se connaitre eux-mêmes, et qu’ils puissent valider leurs propres choix avec seulement des interventions minimalistes de ma part, et surtout qui ne brimeront pas leurs choix. Est-ce possible, est-ce louable comme quête, au début, je ne savais pas trop… Maintenant, je sais, je sais que c’est possible!

Dans cet article de fond sur le sujet des places de vos élèves, vous aurez :

  1. L’origine de cet idéal
  2. Avertissement avant de vous lancer dans cette gestion de classe
  3. Premier outil : le sociogramme
  4. Analyse d’un sociogramme réel
  5. Deuxième outil: Les télécommandes à élèves
  6. Troisième outil: Les laisser choisir librement 
  7. Quatrième outil: Les “post-it”
  8. Les phases que vous allez traverser si vous vous lancez dans le fait de rendre vos jeunes autonomes.

 

L’origine de cet idéal.

 

Bien que les classes que j’obtenais lors de mes premiers contrats étaient la plupart du temps organisées en rangs d’oignons, je ne pouvais me résoudre à les laisser ainsi… Les placer en équipe en équilibrant seulement les forces académiques amenait des conflits, et les placer par amitiés seulement amenait beaucoup de plaisir et peu de travail… Sans parler de ceux qui étaient alors abandonnés par les autres… D’autres encore n’arrivaient juste pas à endurer la pression sociale exigée par le fait d’être constamment ensemble… Alors j’ai eu des classes avec des élèves seuls, et d’autres en équipe (voir cette superbe conférence : “The power of the introvert”) . Malgré tous mes efforts louables, une tension semblait planer au-dessus des “moments calmes”, comme si l’atmosphère de classe était minée d’une certaine manière…

Les paragraphes qui suivront vous feront revivre mes embûches et succès à ce niveau pour en arriver à l’outil ultime, soit le Post-it qui enseigne l’autonomie dans le respect… Vous comprendrez aussi pourquoi il a toute sa place dans la structure de la pédagogie 3.0  (approche axée sur le gain de l’autonomie, et du progrès académique) au niveau de la gestion de classe, si vous souhaitez transiter vers une approche plus complète et saine, bref, une approche où vous leur transférerez l’information et où ils prendront la décision.

 

Avertissements à ceux qui voudront essayer :

 

1- Ne visez pas le court terme

Les élèves ont rarement eu l’opportunité de se connaitre, la majorité de leurs choix est filtrée par l’enseignant, ce qui fait qu’ils risquent de prendre de drôle de décisions. La catastrophe reliée à des amis tannants se plaçant ensemble sera équilibrée avec l’utilisation du Post-it, alors s’ils font, selon vous, de mauvais choix, il faut les laisser faire. En fait, un prof normal modifierait les choix des élèves en justifiant “que ces deux-là, il ne faut absolument pas qu’ils soient ensemble” mais, au contraire, ils doivent apprendre par leur expérience que ce choix n’est pas viable pour eux. Vous verrez, ce ne sera pas aussi désagréable que ça pour vous non plus, de ne plus porter sur vos épaules la responsabilité de l’atmosphère, c’est très soulageant pour vous aussi!

 

2-Il faut prévoir environ 1 mois d’adaptation, autant pour eux et pour vous.

Il ne faut pas lire ici que ce sera invivable pendant ce mois, simplement qu’ils apprendront à vivre la conséquence de leurs choix, et vous, de leur laisser vivre leur expérience. Ça va à l’encontre de notre réflexe de contrôler les tannants : toutefois, y arrivons-nous vraiment? Lorsqu’on contrôle, constamment, on entre dans la boucle vicieuse où on doit contrôler constamment, et les jours où on manque, on expulse un élève en lui criant après en disant qu’on ne peut plus endurer… Alors qu’en fin de compte, on les a rendus dépendants de nos interventions constantes, c’est à nous qu’on devrait en vouloir du fait qu’ils ne sont pas autonomes…

L’avantage indéniable de cette approche apparaît déjà après le premier mois et par la suite, le tout s’autorégule. Peu importe le changement des saisons, la météo ou la fin de l’année, les élèves se connaissent mieux et l’ambiance de classe s’en trouve libérée. Plus de tensions latentes, plus d’épuisement du prof à “endurer” des élèves… Oui c’est possible. Dans ma présente classe, j’avais 9 élèves fortement problématiques (sur 20) et maintenant, il n’y en a plus (après 2 mois avec le post-it).

3-Certains élèves ont besoin de tuteurs temporaires afin de mieux comprendre le comportement qu’il leur serait bénéfique.

L’intervention du post-it ici proposé n’est pas l’équivalent d’un prof qui se tanne d’un comportement dérangeant, mais plutôt de celui qui veut outiller le jeune afin qu’il puisse prendre de meilleures décisions. Beaucoup de profs laissent le choix à l’élève “et se laissent un droit de regard”. Avec cette méthode, l’élève n’apprend jamais à se connaitre et dépend constamment de la présence de l’adulte pour le contrôler, ce qui va à l’encontre de la pédagogie 3.0. C’est pourquoi je vous invite à lire le billet au complet afin de comprendre la portée et les avantages indéniables de cet ajout à votre gestion de classe.

 

Le premier outil : Le sociogramme pour respecter le choix des élèves en 4 étapes.

Un sociogramme est un outil qui permet de respecter les demandes des élèves, tout en brossant un portrait des relations qui sont tissées dans votre classe. À chaque fois que j’ai pris le temps d’en faire un, j’étais toujours surpris d’y découvrir des liens que je ne “voyais” pas dans la classe. Je dois vous mettre en garde par contre, c’est un travail qui vous demandera un bon 2h30 avant d’avoir le résultat, soit des équipes équilibrées où vous aurez respecté 2 des 3 choix émis par chacun!

 Quand réaliser cet exercice?

C’est à faire dès la 2e journée de classe, ce qui vous permettra de découvrir les liens de ce nouveau groupe (et pour vous et pour eux) et de prendre une avance d’environ 1 mois sur la connaissance de vos élèves. De plus, puisqu’ils sauront que vous leur proposez des idées stimulantes et qu’en plus, vous les écoutez par la suite (placer les pupitres des équipes en respectant leurs choix), vous aurez un avantage subséquent au niveau de la complicité!

Si vous êtes stagiaire, ou que vous obtenez un contrat, c’est la première chose à faire selon moi! Vous pourrez aussi le refaire après quelques mois. Bien que ce soit exigeant pour vous, c’est aussi excessivement révélateur sur l’évolution de votre groupe!

1re étape : Le bout de papier.

Ainsi, sur un petit bout de papier, ils doivent écrire le nom de 2 personnes avec qui ils ou elles voudraient être, et une personne avec qui ils ne veulent pas être. Il est important de mentionner que le choix qu’ils feront sera entendu et qu’ils ne doivent pas nécessairement choisir leurs amis, mais bien les personnes avec lesquelles ils seront être en mesure de travailler. Si votre consigne ici est imprécise, les élèves se placeront nécessairement avec leurs amis et la cacophonie débutera trop rapidement. Aussi, les élèves peuvent aussi choisir délibérément de se placer seuls. Toutefois, bien que de 2 à 4 élèves fonctionneront beaucoup mieux ainsi, ils ne choisiront que très rarement de l’être. Après tout, ce sera probablement la première fois qu’ils choisissent, alors il est certain qu’ils ne se connaissent pas bien.  De plus, il est intéressant de refaire cet exercice après quelques mois afin de voir l’évolution dans les liens de vos jeunes. À chaque fois que je pensais connaitre les élèves, un nouveau sociogramme me dévoilait des liens que je ne voyais pas dans la réalité de la classe.

2e étape (environ 25 minutes) : le calcul des points pour trouver les leaders et les élèves moins désirés.

Ensuite, je compile les résultats ainsi :

  • La première personne sur leur billet donne 2 “points” à cette personne
  • La seconde, donne 1 “point”
  • et la personne avec qui il ou elle ne veut pas être lui enlève 1 “point”.

Certes, ce système n’est jamais diffusé auprès des jeunes ou des parents, c’est simplement une manière de faire pour arriver à trouver les équipes.

2014-03-27 19_21_59-post-it.htmTableau 1 : Exemple du papier de Julien

À partir d’ici, je vous recommande d’aller sur ce lien et de générer le sociogramme et les équipes automatiquement avec cet outil, ainsi, vous réaliserez en 15 minutes ce qui requiert normalement 3h de travail quand on le fait à la main! Une fois vos équipes formées, je vous invite quand même à venir terminer l’article car vous aurez besoin des “post-it” pour les ajustements.

Ainsi, lorsque je lis ce papier, j’ai sur une feuille quadrillée (ou un fichier Excel, ce qui est beaucoup plus rapide) le nom de tous les élèves de ma classe sur chaque rangée et sur chaque colonne. Puisque Julien (rangée) a choisi Justin en premier, je vais aller ajouter un 2 dans la colonne de Justin (+2), 1 dans celle d’Ahsrim, et -1 pour Ti-Counne.

2014-03-27 19_21_32-post-it.htm

Tableau 2. Début de la compilation des résultats

     Avec un fichier Excel, c’est plus rapide, car il faut faire les totaux par colonnes afin de trouver qui sont les élèves les plus populaires et ensuite, il faudra faire un graphique, voici le tableau rempli:

2014-03-27 19_21_45-post-it.htm

Tableau 3 . Compilation des résultats

Pour bien comprendre, sur le papier de Clara, on pouvait lire en premier Aurélie, ensuite Justin et sous sa ligne, Ti-Counne. Ainsi, dans ce groupe, Justin semble être celui avec lequel le plus de gens sentent qu’ils pourraient bien travailler (car sa colonne a un total supérieur aux autres). Chez les filles, c’est Aurélie qui semble être la plus désirée.

3e étape (1h15) dessiner le sociogramme :

Bien que cette étape soit longue, c’est un peu comme faire du développement photo (à l’ancienne) dans une chambre noire… À mesure que vous travaillez le papier dans les différents bacs d’acides, l’image apparaît… Ici, c’est pareil, vous verrez l’anatomie de votre classe lentement se manifester à mesure que vous tracerez les liens qui les unissent. Dans un premier temps, il vous faut tracer des cercles concentriques en fonction de la “valeur de popularité” des gens. Ainsi, dans le présent exemple, le résultat de la colonne de Justin lui donnait 6, Aurélie avait 4… Ainsi, je trace les demies flèches ainsi: verte en partance de la personne vers qui cette personne veut être en premier (un 2), orange ou jaune pour le 1 point, et rouge ou noire pour la personne avec laquelle elle ne veut pas être.

exemple

Image 2 : Sociogramme

 

4e étape, l’analyse et la formation des équipes

À l’analyse, voici ce que l’on découvre :

  1.  Ti-Counne est le rejet de la classe, toutefois il a une amitié réciproque avec Ashrim, je commencerai par ici.
  2.  Il y a un triangle d’amitié fort entre Justin, Aurélie et Clara.
  3.  Julien ne devrait absolument pas être dans la même équipe que Ti-Counne (car les deux se sont choisis négativement).

Je formerai les équipes ainsi :

  • Asrhim et Ticounne (2)
  • Clara, Aurélie, Julien et Justin (10)

Le chiffre qui suit le nom des personnes et mon indice de force d’équipe :). C’est un ajout que j’ai tenté de faire au sociogramme afin de voir quelles équipes seraient plus “soudées” que d’autres. Ainsi, je compte le nombre de points que j’ai respectés (entre Asrim et Ti-Counne, chacun ayant une flèche orange qui les relie (1 point par flèche), ça donne un total de 2… Toutefois, ce pointage est intéressant, mais je n’ai pas vu d’impact dans la classe. Ça me permettait quand même de faire 2-3 scénarios avec différents regroupements afin de voir lequel serait le plus équilibré. Ainsi, les élèves se placeront en équipe de 2, 3 ou 4 en fonction des flèches que vous respecterez.

Petit truc

À mesure que vous formez des équipes, placez des petits papiers sur les noms de ceux que vous aurez placés ensemble, ce qui fera accélérer la formation des dernières équipes et vous fera éviter des erreurs. Dans les groupes plus nombreux, il sera difficile de respecter le choix d’un ou deux élèves, il serait préférable alors de les rencontrer individuellement avant le changement de place afin de leur proposer l’endroit où vous les avez placés et leur expliquer la complexité de la tâche.

Quelques analyses basées  sur un sociogramme concret du début de l’année.

Afin de respecter la confidentialité, les noms ont été effacés et j’ai utilisé le violet plutôt que le rouge, je trouve que c’est moins “violent” ainsi :

socio-enemis-600

Image 3 : Les ennemis

Il est très fréquent de voir les ennemis apparaître. Puisqu’ils avaient seulement 1 choix d’une personne avec laquelle ne pas travailler, le fait que les 2 personnes se soient mutuellement choisies ainsi me communique qu’il va me falloir garder un œil sur ces 2 élèves.

socio-triangles

 

Image 4 : Les trios

Certains trios vont émerger et seront parfois autonomes, c’est-à-dire que les 3 personnes se sont mutuellement choisies sans qu’aucune flèche ne parte vers une autre personne. Ces groupes auront une forte puissance de cohésion, il sera donc préférable de respecter leurs choix dans un premier temps, même si vous croyez que c’est un “mauvais” choix. Si vous ne respectez pas un trio qui a “cette force”, les élèves le sauront et vous perdrez rapidement une crédibilité précieuse, et fera en sorte que vous devrez intervenir beaucoup plus par la suite. N’ayez crainte, vous aurez deux portes de sortie (plus loin dans ce texte) pour rétablir l’équilibre sans leur manquer de respect dans le cas où ce “serait une mauvaise équipe”.

socio-liensforts-600

Image 5 : Les liens puissants

Certes, il vous sera un peu difficile de respecter tous les choix de chacun, toutefois, il serait préférable que vous respectiez ces liens (valeur de 4). Sinon, si vous ne placez pas les personnes sur les lignes vertes ensemble, il vous faudra alors respecter le second choix de ces 2 élèves, ce qui compliquera grandement le choix des équipes.

 

Les télécommandes à élèves, ou les thermomètres à bruits.

 

Il faut laisser un bon 2 à 3 semaines d’exploration aux jeunes. Si vous êtes en fin d’année, vous pourrez instaurer immédiatement le principe du “post-it” pour réguler les choix, mais en début d’année, il est mieux de les laisser ainsi fonctionner. Vous pourrez aussi lancer des petits défis, du style quelles équipes ont le matériel sorti plus rapidement que les autres…

 

Afin de leur communiquer aussi le volume qu’ils “développent” lorsqu’ils fonctionnent en équipe, il vous sera bénéfique d’avoir des “télécommandes à élève” telles que celle-ci:

 

http://stephanecote.org/?p=1943

Image 6 : Les télécommandes à élèves

Simplement avoir des “thermomètres” gradués (avec un plastique sur la partie centrale) où vous crayonnez afin de communiquer à cette équipe le “volume” ou le bruit que vous en percevez. Si une équipe passe au “trop fort”, elle ne peut plus poursuivre ensemble et ils devront temporairement séparer leurs pupitres. Dans l’exemple, l’équipe 4 est présentement “en danger” alors que l’équipe 6 est “trop silencieuse”.

 Astuce pour les thermomètres

Essayez de les avoir sur un mur près de votre pupitre, car le simple fait de marcher vers eux fera que toute votre classe redeviendra instantanément calme et ce n’est pas nécessairement ce que l’on recherche. On veut que les équipes bruyantes apprennent à se régulariser d’elles-mêmes et avec ce système, ils comprendront beaucoup mieux leur impact sur le reste de la classe. S’ils ne vous voient pas aller aux thermomètres, c’est ainsi qu’ils pourront être “pris” sur le fait. Avec cet outil, ils pourront travailler en équipe le double du temps que ça vous prendrait normalement avant d’arrêter la tâche! De plus, cet outil transfère l’information à l’équipe et fonctionne beaucoup mieux que l’attribution de rôles internes. C’est leur responsabilité de s’assurer d’un fonctionnement efficace et dans un environnement sain pour les autres équipes.

 

Les changements libres.

 

Après 3 semaines, les élèves peuvent décider de rester là où ils sont ou de changer de place. Afin de ne pas repasser par un sociogramme toutes les fois, j’ai refait la classe avec le logiciel du TBI et ils passent, à la souris (et non devant toute la classe), se déplacent. Ils le font ainsi pendant 2 ou 3 vagues successives, car Clara se place avec Ashrim et lorsque TI-counne passe à l’ordinateur, il décide de se mettre avec eux, Clara pourra (seconde vague), se déplacer ailleurs si elle le désire. En une période (pendant qu’ils font un exercice), toute la classe a pu passer 2-3 fois à l’ordinateur. Puis on se place comme décidé, et on l’essaie encore pendant 2-3 semaines. L’idée de rester ainsi, c’est pour leur montrer qu’il faut parfois persévérer afin d’obtenir une bonne amitié. Je fonctionne ainsi jusqu’au mois de novembre normalement.

image002

Image 7 : Exemple d’élèves placés par eux-mêmes

(on voit que certains voulaient l’aide du prof)

 

Le post-it

(vous pouvez sauter l’étape du changement libre,

car le post-it est plus évolué comme outil).

Malgré tous ces choix qu’ils peuvent faire, et le fait qu’ils peuvent maintenant changer de place quand bon leur semble, ils ont parfois tendance (même tardivement dans l’année), à se priver temporairement (aller près du prof ou même seul) et lorsqu’ils vivent quelques succès au niveau académique, ils croient qu’ils peuvent retourner avec leurs amis… Et c’est justement cette valse qui s’installe et avec laquelle je n’arrivais pas à manœuvrer convenablement…

 

Je me cherchais un outil, un peu à la manière des “télécommandes à élèves” qui pourraient communiquer à l’élève que son comportement lui était néfaste à lui (ou ses pairs) et lui permettre l’opportunité d’expérimenter ses propres choix. De là découle le Post-it qui rend le rêve de leur laisser choisir leur place accessible.

Post-It note

Fonctionnement

 

Disons que Ti-Counne est plus agité en ce lundi matin (vous avez appliqué les interventions verbales dans le corridor axées sur l’échelle d’excitation qu’il connait bien (voir le point 8 de cet article)… Il semble ne pas être en contrôle et agite ces compères qui semblent attraper le virus de la loufoquerie… Alors vous vous levez, et allez lui coller un Post-it sur son bureau avec l’heure du lendemain. Si votre intervention a eu lieu le lundi matin à 9h00, vous marquez mardi à 9h00 sur le papier collant.

L’élève est maintenant en danger. S’il poursuit son comportement dérangeant, vous pourrez exiger de lui qu’il vienne coller son pupitre sur le vôtre (à l’intérieur des 24h). Toutefois, l’élève a le droit à une passe pour aller marcher dans le corridor afin de se calmer (ce sont mes élèves qui ont ajouté cette règle à partir de discussions dans le conseil de coopération).

Le post-it est aussi rétractable, c’est-à-dire que si vous voyez que l’enfant est redevenu en contrôle de lui-même, vous pouvez aussi le lui enlever. Vous verrez que l’effet est très puissant (après une utilisation de 2 semaines). Certains élèves prennent même leur pupitre et le déplacent dès qu’ils ont le post-it…

Si l’élève perd et qu’il doit venir contre votre pupitre…

  • Conséquence 1 : Il vient de perdre la possibilité de travailler en équipe.
  • Conséquence 2 : Il perd aussi les avantages d’être dans la classe, soit les petites récréations et aller boire de l’eau quand bon lui semble…

 

Pour retourner dans la classe, il devra afficher un comportement exemplaire, ce qui lui vaudra alors un post-it (vert) après une journée d’effort… Ce post-it a l’effet inverse, c’est-à-dire que ça communique à l’élève que s’il poursuit avec ce bon comportement encore pendant une journée, il pourra alors regagner sa capacité à prendre des choix et retournera dans la classe! Si par contre il s’énerve (ou est distrait, bref peu importe la raison qui a fait qu’il s’est vu enlever sa capacité à faire des choix), il perdra son billet collant, et devra se contrôler pendant un autre 48h finalement…

S’il dérape encore (car lorsque j’ai commencé avec cet outil, je me suis retrouvé avec 9 élèves autour de mon pupitre) il pourra avoir un post-il négatif qui l’enverra cette fois-ci dans un isoloir… Et pour en sortir, il devra fournir un effort pendant 3 jours consécutifs…et de là, il peut seulement entrer dans la classe et aller à sa place, sans rien faire d’autre.

C’est très simple, une pile de post-its devient un outil très visuel et très efficace pour ainsi gérer les cas qui ont de la difficulté à prendre leurs propres responsabilités en main.

Astuce trouvée par mes élèves

Avoir de l’aide! Les élèves ont pensé lors d’un conseil de coopération qu’une personne qui s’est fait ainsi déplacer devant le bureau de l’enseignant peut avoir recours à un autre camarade qui, lui, vient pour l’aider à retrouver sa concentration! C’est une idée géniale qui fonctionne, lorsque mise en place!

Enfin pourquoi le fait de les laisser choisir et le post-it fonctionnent-ils?

C’est simple! Ils peuvent explorer leur liberté, et l’outil employé ici s’adapte aux élèves qui ont besoin de plus d’encadrement, sans pour autant brimer leur capacité de choisir. Puisqu’ils ne sont pas “surpris” par la décision de l’enseignant (car le post-it est sur leur pupitre), ils ont alors toutes les occasions pour se reprendre en main! Ils vous voient alors plus comme quelqu’un qui tente de les aider, les outiller, les supporter que quelqu’un qui tente de les contrôler!

Maintenant que vous vous apprêtez peut-être à essayer

de les laisser choisir et d’utiliser le Post-It,

voici ce qui va se produire :

 

Phase 1 (2 à 3 jours)  : L’euphorie.

Après que vous ayez réalisé le sociogramme et le changement de place dans la classe, tout va très bien et ça se sent. Les élèves adorent le fait qu’ils aient pu choisir et l’ambiance de classe s’en trouve bonifiée. Ils ont du plaisir à travailler ensemble, et le font avec enthousiasme. Cette atmosphère est généralisée, et même ceux que vous pensiez qui avaient fait de mauvais choix s’entraident pour se calmer. Vous ne le croyez pas, et pourtant, tout se déroule ainsi.

Phase 2 (fin de la première semaine) : Retour à la normale.

Ici, il vous sera bénéfique d’introduire l’utilisation des thermomètres si vous souhaitez prolonger un peu le moment d’euphorie. N’oubliez pas non plus que les élèves ont aussi besoin de périodes de travail silencieuses, qui seront plus difficiles à obtenir qu’avant. C’est exactement à ce moment que vous devez déployer les Post-it. Ne laissez pas de chance aux premiers qui ne prendront pas en considération l’avertissement qu’est l’utilisation des papiers collants. Soyez par contre “juste”, et donnez-en à tous ceux qui ne respecteront pas la consigne de silence, même des personnes qui ne sont pas normalement des “tannants”.

Phase 3 (les deux semaines qui suivront) : L’effet magnétique du pupitre de l’enseignant

Ce moment sera le plus pénible pour vous et vous serez fortement tenté(e) d’arrêter tout ce système, toutefois la lueur au bout de ces 2 semaines brille déjà (j’ai l’impression d’écrire dans le style des prévisions de signes astrologiques, désolé). Ce qui va se produire, c’est qu’une grande quantité de jeunes se retrouveront collés à votre pupitre (dans mon cas, au pire de la crise, j’avais 9 élèves sur 20 autour de moi). Il vous sera important d’être strict(e). Ceux qui sont collés à votre pupitre n’ont “plus la possibilité de choisir”, donc ils devront travailler tout le temps individuellement. C’est souvent les élèves les plus “sociaux” qui se retrouvent ainsi punis par leur propre comportement, vous serez donc mis(e) au défi.

Comment s’en sortir? Facile, il vous faudra être très vigilant(e). Une ou deux des personnes collées vont faire des efforts pour retourner dans la classe, et vous aurez de la difficulté à les voir, car les autres dérangeront encore un peu. Dès que vous remarquerez leurs prises en mains pendant une journée, vous affichez fièrement le post-it (vert serait un bon choix de couleur ici) pour qu’ils puissent regagner le choix de retourner dans la classe le lendemain s’ils maintiennent ce bon comportement. Ces derniers feront tout pour ne pas être dérangés par les autres. Dès qu’ils retourneront dans “la classe”, ils auront un effet sur 2-3 autres élèves collés à votre pupitre. Si certains dérangent encore malgré le fait qu’ils soient près de vous, ils gagnent un autre post-it pour “aller en voyage dans l’isoloir” de la classe. Malheureusement, un ou deux élèves devront passer par ce chemin. Il n’en est pas de votre ressort, vous leur aurez transféré clairement l’information, c’est eux qui n’auront pas su modifier leurs comportements.

Phase 4 (de 3 à 5 semaines après le début) : Fin de la phase pénible

Il restera 1 à 3 irréductibles et probablement un encore dans l’isoloir qui ne sembleront pas comprendre comment leur propre action les autopénalise. Et c’est comme ça. Vous aurez par contre un effet d’oscillation, c’est à dire, où 2 à 4 élèves vont dans la classe, décident de se replacer avec leurs amis, reperdent leurs capacités de choisir, reviennent à votre pupitre, et retournent assez rapidement dans la classe… Il serait alors bon d’avoir une réflexion/conseil de votre part afin de leur verbaliser qu’ils ne semblent pas faire les meilleurs choix pour eux-mêmes.

Phase 5 (le reste de l’année) : Moments de complicité qui ressemblent à l’euphorie du début, juste que c’est plus constant.

Certes, 1 à 3 élèves vont continuer d’osciller, et peut-être qu’un élève passera de l’isoloir à votre pupitre, et retournera à l’isoloir. Toutefois, vous ne serez plus découragé(e), plus épuisé(e) devant un “tannant” qui vous fait “péter les plombs”, car ce sont les comportements des élèves qui les réguleront, et non votre capacité à répéter ou de les endurer. Vous pourrez alors ajouter d’autres Post-it pour ceux qui ne savent pas remplir leur agenda, et eux gagneront alors un voyage devant le tableau où vous marquez les études et devoirs… Ou des Post-it pour ceux qui n’attachent pas leurs souliers ou autre…

Vous n’aurez non plus besoin de passer par le sociogramme pour former des équipes, vous aurez maintenant une classe “mouvante”, c’est à dire où les élèves changent de place quand ils le veulent et pour des raisons qui leur sont propres. Le fait de demander de séparer les pupitres lors d’évaluation fait aussi qu’ils profiteront de ce moment pour changer d’équipe après les évaluations, ou encore de choisir de rester seuls. Le fait de coller un Post-it sur un pupitre aura un effet immédiat et remarquable, certains prendront même immédiatement leur pupitre et changeront de place. Bref, vous verrez tout plein d’autonomie émerger, et ce, peu importe le niveau où seront les jeunes!

Questions, commentaires, insultes ou compliments, n’hésitez pas!

Un énorme merci à Isabelle Bédard qui, sans me connaître personnellement, a pris le temps de m’offrir une belle révision linguistique de ce document. Merci Isabelle!

33 Responses to Gestion de classe : Le “Post-it” qui supporte l’autonomie!

  • Marion
    mars 27, 2014

    Inspirant !

  • Marie-Ève pilon
    mars 27, 2014

    Bonjour!
    Bravo pour cet ingénieux système! J’aimerais beaucoup l’utiliser, mais mes élèves travaillent sur des tables. Ils sont entre 4 et 6 par tables. Avez-vous une brillante idée à me suggérer?
    Merci !
    Marie-Ève Pilon

    • stephane
      mars 28, 2014

      Bonjour Marie-Ève

      Bien sûr. Sûrement que tu as remarqué que certains élèves ne fonctionnent pas très bien avec seulement des tables. Je te recommanderais donc d’avoir peut-être 3 – 4 tables et quelques pupitres (sûrement qu’un collègue serait prêt à échanger des pupitres pour quelques tables), c’est donc assez facile à trouver! Ensuite, le système des post-it fonctionnerait de la même manière, juste que tu les collerais au centre de la table face à la personne qui a un comportement qui ne lui est pas approprié pour sa concentration. Je leur laisserais le choix au début car sûrement que 2-3 préféreraient avoir leur pupitre, et j’en garderais 3 de libre pour ceux qui devraient venir se coller à mon pupitre. Les tables pour tous, ce n’est pas une bonne idée, comme des pupitres individuels (rangs d’oignons), ce n’est pas mieux. Je crois qu’un équilibre entre les deux pour satisfaire les sociaux et les introvertis fait que tous y trouvent leurs compte! J’ai déjà essayé des tables pour tous et je n’étais pas plus satisfait!

      Tiens nous au courant Marie-Ève!

  • Stéphanie
    avril 28, 2014

    Bonjour,

    J’aime beaucoup ton idée et je m’apprête à l’essayer dans ma classe pour la fin de l’année. As-tu le document des thermomètres à bruit que tu peux envoyer par courriel? Si non, ce n’est vraiment pas grave. Je vais m’en créer un, mais si par chance tu les avais, ça me sauverait du temps.

    Merci et bonne journée!

    Stéphanie

    • stephane
      avril 28, 2014

      Bonjour Stéphanie!

      Je l’ai ajouté à l’article, je te l’envois par courriel et tu l’as aussi ici dans ma réponse : http://stephanecote.org/?p=1943

      Au plaisir
      Stéphane

  • Stéphanie
    juillet 11, 2014

    Le changement de place qui se fait de façon libre? Si un élève choisit une équipe qui ne désire pas l’avoir? Que se passe-t-il? Comment gères-tu ce genre de situation? Conseil de coopération?

    • stephane
      juillet 11, 2014

      Bonjour Stéphanie. Souvent, l’élève veut alors être avec une des personnes d’une équipe, elle se place dont “au bout” de cette équipe si elle désire franchement se retrouver dans cette position. Normalement, ça ne dure vraiment pas longtemps, et puisqu’ils sont libre tout le temps, ils déplacent leurs bureaux sans trop que je ne m’en rende compte. Pour ce qui est du conseil de coopération 2.0, ce serait plus long à expliquer, voir même, devoir faire l’objet d’un billet sur la chose, désolé :(.

  • Lynda
    juillet 22, 2014

    Bonjour Stéphane,
    dans ta classe, de quoi a l’air ton isoloir? merci.

    • stephane
      juillet 22, 2014

      Bonjour Lynda. Simplement le pupitre qui se trouve dans un coin de la classe, sans paravents, sans rien :).

  • Stéphanie
    août 8, 2014

    Bonjour Stéphane, Est-ce que tu as partagé ton système de notation avec excel? Je ne le trouve pas…
    Encore une fois un énorme merci pour cette pédagogie 3.0!!!

    • stephane
      août 8, 2014

      Bonsoir Stéphanie!

      Non, on est encore en cours de développement afin de le rendre plus stable pour cette année qui s’annonce. Je devrais le rendre disponible en quelque part vers le mois de septembre. Je le communiquerai dans facebook, twitter et linkedin, donc, juste besoin de me suivre à l’un de ces endroits :).

      À bientôt

  • Marie-Esther
    août 21, 2014

    Bonjour,

    Votre système est fort intéressant et me fait beaucoup réfléchir. Je compte bien l’instaurer dès septembre. Je me demandais si vous expliquiez en détail aux élèves en septembre la méthode post-it. Ex: «Après quelques avertissements je te rencontre dans le corridor, si le comportement persiste un post-it jaune sera collé sur ton bureau, etc.»

    Aussi, votre système de thermomètre à bruit est intéressant par contre comment je me demandais comment vous contrôliez l’efficacité de l’équipe. Ce n’est pas parce que l’équipe chuchote qu’elle travaille nécessairement adéquatement. Pour cela, il faudrait se promener et vérifier. De la même façon, peut-être qu’une équipe parle un peu plus fort, mais travaille et avance très bien leur travail. Le thermomètre ne pourrait pas combiner les 2? Le bruit et l’efficacité? J’aimerais vous lire à ce sujet.

    Merci!

    • stephane
      août 21, 2014

      Pour les post-it, ils comprennent assez vite… Normalement, on explique ce qui se produit après le post-it et ensuite, on aura un ou deux élèves qui ne vont pas respecter les consignes et l’avertissement du papier collant. Dès que 2-3 élèves se retrouvent collés au pupitre du prof, les autres comprennent. Et lors des périodes de travail en équipe, ces derniers n’ont plus le droit tant qu’ils sont devant et doivent “regagner” leur place dans la classe… Un ou deux élèves commencent alors à faire des efforts et il est important de remarquer. Je dirais qu’après deux semaines et pour le reste de l’année, c’est très agréable comme fonctionnement, et ça demande beaucoup moins de gestion du prof par la suite.

      Concernant les thermomètres, vous avez raison. Ce n’est pas parce qu’ils sont moins bruyants que nécessairement ils sont plus travaillant. Toutefois l’inverse est très clair, si c’est trop bruyant, alors ils travaillent beaucoup moins efficacement. L’idée n’est pas d’avoir un outil pour rester assis pendant qu’ils travaillent, mais de leur transmettre l’information sur l’impact qu’ils ont sur l’atmosphère de la classe et en soi, c’est très précieux!

  • Marie-Esther
    août 21, 2014

    J’avais une dernière question. Le fait de laisser les élèves choisir de changer leur bureau quand bon leur semble, n’y-a-t-il pas d’abus et de changements constants de place? Cela ne crée-t-il pas non plus des conflits de plus à gérer? Ex: Un élève change de place à côté d’un autre et ce dernier aime sa place mais ne veut pas que se retrouver à côté de ce nouvel élève. Je ne l’ai pas expérimenté mais j’ai l’impression que ça nécessite plus de gestion de notre part…

    • stephane
      août 21, 2014

      Pas du tout, en 2 années, je n’ai pas observés ce genre de valse. L’idée est certes d’avoir moins de gestion à faire, mais essentiellement, c’est d’apprendre à l’élève à vivre les conséquences de ces choix. S’il choisi bien (par rapport à lui), il progresse plus facilement dans ses résultats, sinon, il ne pourra pas s’amuser frivolement longtemps car il reçoivra un “avertissement silencieux” (post-it) comme le disait un de mes élèves de l’année dernière. Et c’est alors à son avantage de faire ce qui est le plus facile, changer de place, ou diminuer son niveau d’excitation qui a alors dépassé son seul de l’acceptable.

  • Chantal
    août 27, 2014

    Bonjour Stéphane,
    J’aime beaucoupton système mais j’ai quelques petites questions.
    Est-ce que cela fonctionne avec un groupe d’adaptation scolaire (TC, TDAH, Phénix, etc)?
    Et il semble me manquer une étape…Après avoir parlé à l’élève dans le corridor: “…vous avez appliqué les interventions verbales dans le corridor axées sur l’échelle d’excitation qu’il connait bien.” Qu’esu-ce que cette échelle d’excitation? Où est-ce que je peux la trouver?
    2e question: Si l’élève n’est pas venu coller son bureau sur le mien dans les 24hrs qui suivent qu’arrive-t-il?

    Merci!

    • stephane
      août 27, 2014

      Bonjour Chantal

      Je crois bien que ça fonctionnerait avec tous les groupes, car en en fin de compte, souvent, ils ont eux aussi à apprendre à vérifier les choix qu’ils font. Pour l’étape de “l’échelle d’excitation”, c’est le point 8 de l’article sur les 9 ajustements de septembre : http://stephanecote.org/2013/09/29/gestion-de-classe-les-9-ajustements-de-septembre/

      Enfin je ne suis pas certain de comprendre ta dernière question. Si un élève qui se trouve dans la classe a un post-it “d’avertissement” et qu’il poursuit son comportement, il est alors déménagé gratuitement vers le pupitre du prof, ce n’est plus son choix. Par contre, s’il arrête ledit comportement, alors j’enlève le post-it et il a alors toute la liberté en classe. Je peux aussi attendre que le 24h passe et après ça, si je ne l’ai pas averti une seconde fois (à l’intérieur de cette plage horaire) alors le post-it n’est plus valide et il peut l’enlever.

  • Myriam Haddad
    mars 7, 2015

    Bonjour, Stéphane
    C’est aujourd’hui que je lis ton article sur la gestion de groupe-classe et je le trouve instructif. Je suis inspectrice de français pour le primaire en Tunisie et dans ma circonscription de nombreux stagiaires sont confrontés au problème. J’ai beau prodiguer conseil sur conseil, rien n’y fait:les stagiaires, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’ont pas la patience requise pour mener à bien leur “classe”. La gestion du groupe est une compétence professionnelle que l’on acquiert au fur et à mesure de l’expérience. Mais si l’amour du métier, l’amour des enfants (même s’ils ont 15 et 16 ans !) n’existe pas, on ne réussira jamais à être enseignant et ça, ça ne s’apprend pas; on l’a ou on ne l’a pas. Dans le 2è cas, il vaut mieux changer de métier.Je dis toujours à mes stagiaires, question de les impliquer davantage dans la responsabilité professionnelle, que je pourrai assurer des cours de didactique du français oral et écrit, de didactique des disciplines ou autres mais des cours d’amour et de coeur…!!!

    • stephane
      mars 7, 2015

      Il est certain que la gestion de classe est souvent perçue comme étant “ce qui empêche d’enseigner” des notions… Quand on se prépare à donner un cours au début, on passe 3h à organiser nos activités, et on se retrouve surpris par les réactions des jeunes… On devrait passer 1h sur les 3 à se préparer aussi à agir (plutôt que réagir) face à des scénarios qui pourront se produire (un élève qui ne veut pas travailler, un autre qui interviendra pendant l’explication, un qui voudra aller aux toilettes…). Et c’est la pire erreur qu’on apprend à l’université, c’est à dire on se fait dire que si le cours est bien préparé, que tout se passera bien en classe, alors que la préparation qui sera plus productive, sera celle de créer un lien de confiance en premier avec les élèves. Tout peut s’apprendre, toutefois une classe peut rapidement devenir ingérable et ça laisse que peu de place à l’apprentissage pour l’enseignant en formation!

  • julie
    mai 14, 2015

    Bonjour Stéphane,
    Tout d’abord, merci de partager avec nous tous ces outils pédagogiques et ton expérience. Je commence une formation pour devenir institutrice en France et ce qu’il nous manque cruellement ce sont les cours de psychopédagogie.
    Aurais-tu des lectures à me conseiller dans ce domaine, stp ?
    Bonne continuation, et encore merci pour ce site !
    Julie.

    • stephane
      mai 14, 2015

      Oui, tous les livres de John Hattie, ils sont excellents et ils devraient être obligatoires pour tous les gens oeuvrant dans le monde de la pédagogie. Ça t’évitera de découvrir ces découvertes après 10 ans de pratique! J’ai découvert plusieurs pratiques qui avaient de l’effet et c’est en le lisant par la suite, que j’ai pu expliquer pourquoi certaines interventions donnaient des résultats mesurables!

      Au plaisir!

  • julie
    mai 15, 2015

    Merci beaucoup ! Je vais de ce pas investir dans ses livre 🙂
    Au plaisir !
    Julie

  • julie
    mai 15, 2015

    Ceci est un cri du coeur : pourquoi n’est-il pas traduit en français ?????? 🙁 (Quel dommage !)
    Je le lirai quand même, mais cela sera plus laborieux…

  • Charlotte
    août 17, 2015

    Bonjour Stéphane,

    Un grand merci pour toutes ces recherches et ces idées incroyables! Je suis instit en France et passionnée! Ce qui me plait le plus dans mon métier c’est l’ambiance de la classe et sa gestion! Si l’ambiance est super alors les élèves travaillent dans le plaisir!
    C’est pour cette raison que ton idée de post it m’intéresse énormément! A la rentrée, je vais avoir des CM2 dans une école “difficile”. J’ai une bonne dizaine d’élèves (sur 20) qui ont des comportements “difficiles”.
    J’en viens à ma question, est ce que les élèves ne vont pas en profiter pour se mettre avec leurs copains? Et que par conséquent, je me retrouve avec 15 enfants autour de mon bureau… Dans tous les cas, il me tarde la rentrée pour le mettre en place!
    Je te remercie encore pour toutes ces idées passionnantes! Je dévore chacun de tes articles!

    • stephane
      août 17, 2015

      Bonjour Charlotte

      Tu as une bonne question. Dans les faits, il est vrai que les élèves vont se placer avec leurs amis et que cette situation détériorera rapidement l’ambiance de la classe. Toutefois, si tu vises l’apprentissage et le long terme, ce sera une dure épreuve à passer, je ne te le cache pas, et ça ne durera qu’environ une semaine. Environ 10 enseignants que je connais ont essayé et ont arrêté cette idée après 5 jours pour revenir à une classe où le contrôle coupe les apprentissages. C’est à dire où le prof choisi les places afin que l’ambiance de classe soit plus silencieuse (et pas nécessairement plus travaillante). Les élèves qui rigoleront trop, auront des post-its et se retrouveront autour de ton pupitre. Dans le pire de la crise, j’avais 11 pupitres autour du mien et 3 des 4 coins de la classe étaient occupés. Les élèves apprenaient et moi aussi.

      Rapidement (bien que ce soit difficile pour le prof d’y porter une attention), à l’intérieur des 11 élèves, tu remarqueras que 2-3 font des efforts pour retourner dans la classe et il sera crucial que tu les reconnaisses et publie le fait qu’ils arrivent à se contrôler. Dès que 2-3 élèves regagnent la classe, tu verras un changement clair auprès des 8 autres qui sont collés à ton bureau… Car dans les faits, ils verront bien que c’est leur comportement qui décide des libertés qu’ils ou elles acquièrent dans leur classe. Une semaine plus tard, et tu auras 1-2 élèves à ton bureau, et peut-être 1 dans un coin… Et pour le reste de l’année, tu auras 1-2 élèves qui “valseront” entre la classe et ton pupitre… Et une atmosphère de classe qui aura grandement valu que tu traverses cette semaine pénible du début. Dès que tu placeras un post-it sur le pupitre d’un élève en guise d’avertissement, tu verras leurs comportements changer (certains même prennent alors leurs pupitres et déménagent de leur propre chef).

      Bonne chance et cette “traversée” du 5 jours des post-its vaut vraiment la peine d’être traversée, car de l’autre côté, c’est vraiment une autre ambiance de classe beaucoup moins exigeante qui existe!

  • Charlotte
    août 18, 2015

    Bonjour Stéphane,

    Merci pour ta réponse rapide et qui répond à mes interrogations!
    J’ai juste une dernière question, concernant l’aménagement de la classe et de ton bureau.
    J’ai regardé plusieurs fois l’image qui représente le placement des élèves dans la classe, les pupitres de chacun et ton bureau. Je me demandais où se trouvait le tableau? S’il se trouve en bas, est ce que les élèves proches de ton bureau ne sont ils pas loin du tableau? (par exemple, Nathaniel?). N’est il pas plus difficile de les inclure dans les échanges oraux pendant une séance collective?
    Encore merci pour tes réponses, bien que nous soyons en plein été…
    Mais s’il manque bien quelque chose d’essentiel dans les formations en France, c’est bien la gestion de classe!
    Ton site est donc une vraie mine d’or!

    Passe une bonne journée,

    Charlotte

  • Stéphanie
    septembre 14, 2015

    Bonjour Stéphanie,
    Je m’intéresse beaucoup à la pédagogie que tu mets en place dans ta classe et j’ai vraiment envie de m’y lancer. Mais d’un point de vue pratique, ma classe est vraiment très petite (50 m2 en tout pour 24 élèves ) et j’ai des pupitres doubles difficiles à bouger. Il n’y a de la place que pour deux pupitres individuels supplémentaires pour s’isoler. Donc même si je rapproche les élèves perturbateurs de mon bureau ils seront quand même toujours par deux et j’ai peur que du coup ils n’arrivent pas à se calmer … Je peux donc concrètement faire des équipes de 2 ou 4 et rapprocher difficilement quelqu’un de moi. Quel pourra donc être mon levier quand un élève dysfonctionne au sein de son équipe ? C’est vrai qu’en France, il n’y a aucune formation sur la gestion et le climat de classe … pour l’instant ! Merci encore pour ces conseils très pratiques qui devraient être prodigués systématiquement en formation !

  • Stéphanie
    septembre 14, 2015

    pardon pour le lapsus, Stéphanie, c’est moi ! Merci Stéphane !

    • stephane
      septembre 16, 2015

      Merci pour tes bons mots Stéphanie! Bonne chance avec tes jeunes!

  • Sophie Thibodeau
    novembre 1, 2015

    Bonjour,

    J’ai déjà utilisé en partie ce genre de système. J’ai donc demandé aux élèves d’inscrire le nom de deux personnes avec lesquelles ils souhaitent travailler (et travailleraient bien) et une personne avec laquelle ils ne veulent pas être. Après avoir questionné certains élèves quant à leurs choix, j’ai constaté que plusieurs avaient rejeté leur meilleur ami ou quelqu’un qu’ils aimaient bien, mais qui les rendraient dissipés. Ça ne m’a donc pas permis de mesurer la “cote de popularité” de chacun. Or, en plus de m’aider à former des équipes, je comptais sur le sociogramme pour me renseigner à ce sujet. Je voulais connaître le nom des élèves moins populaires afin de les aider à mieux s’intégrer. Autre chose, j’ai constaté qu’il est plus facile de former des équipes lorsque les élèves choisissent 3 personnes plutôt que 2.

  • Agnès
    juin 30, 2016

    Bonjour !

    Je te remercie Stéphane pour toutes ces idées !
    Je suis vaudoise (un canton francophone de Suisse) et je commence ma première année d’enseignement en août. Je suis très tentée par tes idées mais comme je n’ai jamais dû gérer l’entier d’une classe seule j’hésite un peu.
    J’ai quelques “obstacles” pour essayer de mettre en place ton système:
    – En Suisse, les classes sont la plupart du temps organisées avec des colonnes face au tableau et des pupitres de deux élèves. Ainsi, comme l’a déjà mentionné Stéphanie dans son commentaire plus haut, je ne peux pas isoler 1 seul élève (ma salle de classe est aussi toute petite).
    – J’enseigne en 7ème (ce qui correspond à un CM2 en France, soit des 10.5 à 11 ans) et la classe est donc partagée avec d’autres enseignants: cela risque d’embêter mes collègues qui ne souhaiteraient pas utiliser ce système…
    QUESTIONS:
    1) Quand tu parles d’équipes: cela signifie que les élèves sont constamment en groupes ? Même lors de moments de travail individuel ?
    2) Aurais-tu des suggestions pour adapter ce système dans une classe “suisse” ?

    Merci d’avance ! 🙂

    • stephane
      juillet 4, 2016

      Bonjour Agnès

      Dans ton cas, ce sera plus l’endroit sur tes pupitres que le pupitre comme telle… Ainsi, si Philippe dans le fond dérange, tu lui communiques clairement avec un post-it qu’il doive arrêter son comportement, sinon il déménagera en avant de la classe.

      Dans ma classe, c’est plus une classe “mouvante”, dans le sens que les élèves changent régulièrement de place, de groupe ou s’en vont individuellement. Je ne saurais trop comment t’aider dans ta réalité, toutefois si les élèves sont en équipe et que c’est une période de travail individuel, ils doivent alors être en silence :). Le seul moment où ils se “détachent” c’est lors d’évaluations diagnostique, formative ou sommative :).

      Essaie l’idée du post-it pour mieux montrer aux élèves que ce sont finalement leur comportement qui va décider de la liberté de choisir leur place, et non un système qu’ils comprennent peu et où ils croient rapidement que seulement les autres, ou les forts, ont tous la liberté et que ce n’est pas équitable pour eux.

      Au plaisir!

  • Clara
    août 23, 2016

    Bonjour Stephane,
    merci pour ce site et pour toutes les informations et le partage. Cette année sera ma première en tant que titulaire (année dernière en stage) en France. Je serai sur un poste fractionné: quatre classes différentes. En ce moment mon grand sujet de réflexion est la gestion du comportement des élèves, vu mon contexte de travail. J’aurai par exemple une classe de CE2 un jour et demi par semaine (lundi toute la journée et mercredi matin).La maîtresse titulaire de cette classe m’a déjà annoncé qu’elle n’avait aucun système pour le comportement et que chacune devait se débrouiller. J’aimerais bien pouvoir adapter ton système, mais je me demande comment pourrais-je faire si je ne suis pas tous les jours dans cette classe. J’aurais tendance à penser que n’ayant pas un suivi de ce que je voudrais mettre en place, cela ne peut pas marcher. De plus l’organisation matérielle de la classe changerait seulement pendant que je suis là, puisque la maitresse titulaire distribue des places fixes aux élèves par trimestre. Je redoute tout simplement de ne pas pouvoir gérer le comportement des élèves qui me verront comme la remplaçante qui en plus, n’est pas soutenue par la vraie maîtresse puisque nous ne sommes pas en communication ni travaillons en équipe, hélas! Je voudrais vraiment pouvoir instaurer un climat de respect et de confiance dans la classe sans avoir recours à des systèmes comme les tableaux de comportement ou les bons points, mais mon inexpérience et le manque de formation au sujet de la gestion de classe ne me permettent pas de voir clairement la décision à prendre pour que tout se passe au mieux dans les classes.
    Je voulais donc te poser une question:
    Vois-tu une façon d’adapter ton système a ce genre de situation?

    Merci d’avance

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