théorie

Image 1 : “J’aimerais aller en “Théorie”, car en “Théorie”, tout va bien”. Auteur inconnu

        On vise souvent des objectifs, des idéaux quand on est enseignant. Or, entre notre désir et la réalité de la classe, il y a parfois un fossé profond dans lequel on s’engouffre parfois.  La majorité rebrousse alors chemin et revient dans des méthodes de travail moins hasardeuses, alors que d’autres, des fous ou des génies persévérants, poursuivent pour éclairer ces passages obscurs…

Mon billet d’aujourd’hui va couvrir 12 ans d’évolution au niveau de la place des élèves dans la classe… J’ai toujours voulu qu’ils puissent être dans leur classe, et non des visiteurs dans la mienne… Toutefois, en les laissant choisir, on se retrouve rapidement dans une ambiance de classe cacophonique et paralysante… Pourtant, il m’était capital qu’ils apprennent à se connaitre eux-mêmes, et qu’ils puissent valider leurs propres choix avec seulement des interventions minimalistes de ma part, et surtout qui ne brimeront pas leurs choix. Est-ce possible, est-ce louable comme quête, au début, je ne savais pas trop… Maintenant, je sais, je sais que c’est possible!

Dans cet article de fond sur le sujet des places de vos élèves, vous aurez :

  1. L’origine de cet idéal
  2. Avertissement avant de vous lancer dans cette gestion de classe
  3. Premier outil : le sociogramme
  4. Analyse d’un sociogramme réel
  5. Deuxième outil: Les télécommandes à élèves
  6. Troisième outil: Les laisser choisir librement 
  7. Quatrième outil: Les “post-it”
  8. Les phases que vous allez traverser si vous vous lancez dans le fait de rendre vos jeunes autonomes.

 

L’origine de cet idéal.

 

Bien que les classes que j’obtenais lors de mes premiers contrats étaient la plupart du temps organisées en rangs d’oignons, je ne pouvais me résoudre à les laisser ainsi… Les placer en équipe en équilibrant seulement les forces académiques amenait des conflits, et les placer par amitiés seulement amenait beaucoup de plaisir et peu de travail… Sans parler de ceux qui étaient alors abandonnés par les autres… D’autres encore n’arrivaient juste pas à endurer la pression sociale exigée par le fait d’être constamment ensemble… Alors j’ai eu des classes avec des élèves seuls, et d’autres en équipe (voir cette superbe conférence : “The power of the introvert”) . Malgré tous mes efforts louables, une tension semblait planer au-dessus des “moments calmes”, comme si l’atmosphère de classe était minée d’une certaine manière…

Les paragraphes qui suivront vous feront revivre mes embûches et succès à ce niveau pour en arriver à l’outil ultime, soit le Post-it qui enseigne l’autonomie dans le respect… Vous comprendrez aussi pourquoi il a toute sa place dans la structure de la pédagogie 3.0  (approche axée sur le gain de l’autonomie, et du progrès académique) au niveau de la gestion de classe, si vous souhaitez transiter vers une approche plus complète et saine, bref, une approche où vous leur transférerez l’information et où ils prendront la décision.

 

Avertissements à ceux qui voudront essayer :

 

1- Ne visez pas le court terme

Les élèves ont rarement eu l’opportunité de se connaitre, la majorité de leurs choix est filtrée par l’enseignant, ce qui fait qu’ils risquent de prendre de drôle de décisions. La catastrophe reliée à des amis tannants se plaçant ensemble sera équilibrée avec l’utilisation du Post-it, alors s’ils font, selon vous, de mauvais choix, il faut les laisser faire. En fait, un prof normal modifierait les choix des élèves en justifiant “que ces deux-là, il ne faut absolument pas qu’ils soient ensemble” mais, au contraire, ils doivent apprendre par leur expérience que ce choix n’est pas viable pour eux. Vous verrez, ce ne sera pas aussi désagréable que ça pour vous non plus, de ne plus porter sur vos épaules la responsabilité de l’atmosphère, c’est très soulageant pour vous aussi!

 

2-Il faut prévoir environ 1 mois d’adaptation, autant pour eux et pour vous.

Il ne faut pas lire ici que ce sera invivable pendant ce mois, simplement qu’ils apprendront à vivre la conséquence de leurs choix, et vous, de leur laisser vivre leur expérience. Ça va à l’encontre de notre réflexe de contrôler les tannants : toutefois, y arrivons-nous vraiment? Lorsqu’on contrôle, constamment, on entre dans la boucle vicieuse où on doit contrôler constamment, et les jours où on manque, on expulse un élève en lui criant après en disant qu’on ne peut plus endurer… Alors qu’en fin de compte, on les a rendus dépendants de nos interventions constantes, c’est à nous qu’on devrait en vouloir du fait qu’ils ne sont pas autonomes…

L’avantage indéniable de cette approche apparaît déjà après le premier mois et par la suite, le tout s’autorégule. Peu importe le changement des saisons, la météo ou la fin de l’année, les élèves se connaissent mieux et l’ambiance de classe s’en trouve libérée. Plus de tensions latentes, plus d’épuisement du prof à “endurer” des élèves… Oui c’est possible. Dans ma présente classe, j’avais 9 élèves fortement problématiques (sur 20) et maintenant, il n’y en a plus (après 2 mois avec le post-it).

3-Certains élèves ont besoin de tuteurs temporaires afin de mieux comprendre le comportement qu’il leur serait bénéfique.

L’intervention du post-it ici proposé n’est pas l’équivalent d’un prof qui se tanne d’un comportement dérangeant, mais plutôt de celui qui veut outiller le jeune afin qu’il puisse prendre de meilleures décisions. Beaucoup de profs laissent le choix à l’élève “et se laissent un droit de regard”. Avec cette méthode, l’élève n’apprend jamais à se connaitre et dépend constamment de la présence de l’adulte pour le contrôler, ce qui va à l’encontre de la pédagogie 3.0. C’est pourquoi je vous invite à lire le billet au complet afin de comprendre la portée et les avantages indéniables de cet ajout à votre gestion de classe.

 

Le premier outil : Le sociogramme pour respecter le choix des élèves en 4 étapes.

Un sociogramme est un outil qui permet de respecter les demandes des élèves, tout en brossant un portrait des relations qui sont tissées dans votre classe. À chaque fois que j’ai pris le temps d’en faire un, j’étais toujours surpris d’y découvrir des liens que je ne “voyais” pas dans la classe. Je dois vous mettre en garde par contre, c’est un travail qui vous demandera un bon 2h30 avant d’avoir le résultat, soit des équipes équilibrées où vous aurez respecté 2 des 3 choix émis par chacun!

 Quand réaliser cet exercice?

C’est à faire dès la 2e journée de classe, ce qui vous permettra de découvrir les liens de ce nouveau groupe (et pour vous et pour eux) et de prendre une avance d’environ 1 mois sur la connaissance de vos élèves. De plus, puisqu’ils sauront que vous leur proposez des idées stimulantes et qu’en plus, vous les écoutez par la suite (placer les pupitres des équipes en respectant leurs choix), vous aurez un avantage subséquent au niveau de la complicité!

Si vous êtes stagiaire, ou que vous obtenez un contrat, c’est la première chose à faire selon moi! Vous pourrez aussi le refaire après quelques mois. Bien que ce soit exigeant pour vous, c’est aussi excessivement révélateur sur l’évolution de votre groupe!

1re étape : Le bout de papier.

Ainsi, sur un petit bout de papier, ils doivent écrire le nom de 2 personnes avec qui ils ou elles voudraient être, et une personne avec qui ils ne veulent pas être. Il est important de mentionner que le choix qu’ils feront sera entendu et qu’ils ne doivent pas nécessairement choisir leurs amis, mais bien les personnes avec lesquelles ils seront être en mesure de travailler. Si votre consigne ici est imprécise, les élèves se placeront nécessairement avec leurs amis et la cacophonie débutera trop rapidement. Aussi, les élèves peuvent aussi choisir délibérément de se placer seuls. Toutefois, bien que de 2 à 4 élèves fonctionneront beaucoup mieux ainsi, ils ne choisiront que très rarement de l’être. Après tout, ce sera probablement la première fois qu’ils choisissent, alors il est certain qu’ils ne se connaissent pas bien.  De plus, il est intéressant de refaire cet exercice après quelques mois afin de voir l’évolution dans les liens de vos jeunes. À chaque fois que je pensais connaitre les élèves, un nouveau sociogramme me dévoilait des liens que je ne voyais pas dans la réalité de la classe.

2e étape (environ 25 minutes) : le calcul des points pour trouver les leaders et les élèves moins désirés.

Ensuite, je compile les résultats ainsi :

  • La première personne sur leur billet donne 2 “points” à cette personne
  • La seconde, donne 1 “point”
  • et la personne avec qui il ou elle ne veut pas être lui enlève 1 “point”.

Certes, ce système n’est jamais diffusé auprès des jeunes ou des parents, c’est simplement une manière de faire pour arriver à trouver les équipes.

2014-03-27 19_21_59-post-it.htmTableau 1 : Exemple du papier de Julien

À partir d’ici, je vous recommande d’aller sur ce lien et de générer le sociogramme et les équipes automatiquement avec cet outil, ainsi, vous réaliserez en 15 minutes ce qui requiert normalement 3h de travail quand on le fait à la main! Une fois vos équipes formées, je vous invite quand même à venir terminer l’article car vous aurez besoin des “post-it” pour les ajustements.

Ainsi, lorsque je lis ce papier, j’ai sur une feuille quadrillée (ou un fichier Excel, ce qui est beaucoup plus rapide) le nom de tous les élèves de ma classe sur chaque rangée et sur chaque colonne. Puisque Julien (rangée) a choisi Justin en premier, je vais aller ajouter un 2 dans la colonne de Justin (+2), 1 dans celle d’Ahsrim, et -1 pour Ti-Counne.

2014-03-27 19_21_32-post-it.htm

Tableau 2. Début de la compilation des résultats

     Avec un fichier Excel, c’est plus rapide, car il faut faire les totaux par colonnes afin de trouver qui sont les élèves les plus populaires et ensuite, il faudra faire un graphique, voici le tableau rempli:

2014-03-27 19_21_45-post-it.htm

Tableau 3 . Compilation des résultats

Pour bien comprendre, sur le papier de Clara, on pouvait lire en premier Aurélie, ensuite Justin et sous sa ligne, Ti-Counne. Ainsi, dans ce groupe, Justin semble être celui avec lequel le plus de gens sentent qu’ils pourraient bien travailler (car sa colonne a un total supérieur aux autres). Chez les filles, c’est Aurélie qui semble être la plus désirée.

3e étape (1h15) dessiner le sociogramme :

Bien que cette étape soit longue, c’est un peu comme faire du développement photo (à l’ancienne) dans une chambre noire… À mesure que vous travaillez le papier dans les différents bacs d’acides, l’image apparaît… Ici, c’est pareil, vous verrez l’anatomie de votre classe lentement se manifester à mesure que vous tracerez les liens qui les unissent. Dans un premier temps, il vous faut tracer des cercles concentriques en fonction de la “valeur de popularité” des gens. Ainsi, dans le présent exemple, le résultat de la colonne de Justin lui donnait 6, Aurélie avait 4… Ainsi, je trace les demies flèches ainsi: verte en partance de la personne vers qui cette personne veut être en premier (un 2), orange ou jaune pour le 1 point, et rouge ou noire pour la personne avec laquelle elle ne veut pas être.

exemple

Image 2 : Sociogramme

 

4e étape, l’analyse et la formation des équipes

À l’analyse, voici ce que l’on découvre :

  1.  Ti-Counne est le rejet de la classe, toutefois il a une amitié réciproque avec Ashrim, je commencerai par ici.
  2.  Il y a un triangle d’amitié fort entre Justin, Aurélie et Clara.
  3.  Julien ne devrait absolument pas être dans la même équipe que Ti-Counne (car les deux se sont choisis négativement).

Je formerai les équipes ainsi :

  • Asrhim et Ticounne (2)
  • Clara, Aurélie, Julien et Justin (10)

Le chiffre qui suit le nom des personnes et mon indice de force d’équipe :). C’est un ajout que j’ai tenté de faire au sociogramme afin de voir quelles équipes seraient plus “soudées” que d’autres. Ainsi, je compte le nombre de points que j’ai respectés (entre Asrim et Ti-Counne, chacun ayant une flèche orange qui les relie (1 point par flèche), ça donne un total de 2… Toutefois, ce pointage est intéressant, mais je n’ai pas vu d’impact dans la classe. Ça me permettait quand même de faire 2-3 scénarios avec différents regroupements afin de voir lequel serait le plus équilibré. Ainsi, les élèves se placeront en équipe de 2, 3 ou 4 en fonction des flèches que vous respecterez.

Petit truc

À mesure que vous formez des équipes, placez des petits papiers sur les noms de ceux que vous aurez placés ensemble, ce qui fera accélérer la formation des dernières équipes et vous fera éviter des erreurs. Dans les groupes plus nombreux, il sera difficile de respecter le choix d’un ou deux élèves, il serait préférable alors de les rencontrer individuellement avant le changement de place afin de leur proposer l’endroit où vous les avez placés et leur expliquer la complexité de la tâche.

Quelques analyses basées  sur un sociogramme concret du début de l’année.

Afin de respecter la confidentialité, les noms ont été effacés et j’ai utilisé le violet plutôt que le rouge, je trouve que c’est moins “violent” ainsi :

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Image 3 : Les ennemis

Il est très fréquent de voir les ennemis apparaître. Puisqu’ils avaient seulement 1 choix d’une personne avec laquelle ne pas travailler, le fait que les 2 personnes se soient mutuellement choisies ainsi me communique qu’il va me falloir garder un œil sur ces 2 élèves.

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Image 4 : Les trios

Certains trios vont émerger et seront parfois autonomes, c’est-à-dire que les 3 personnes se sont mutuellement choisies sans qu’aucune flèche ne parte vers une autre personne. Ces groupes auront une forte puissance de cohésion, il sera donc préférable de respecter leurs choix dans un premier temps, même si vous croyez que c’est un “mauvais” choix. Si vous ne respectez pas un trio qui a “cette force”, les élèves le sauront et vous perdrez rapidement une crédibilité précieuse, et fera en sorte que vous devrez intervenir beaucoup plus par la suite. N’ayez crainte, vous aurez deux portes de sortie (plus loin dans ce texte) pour rétablir l’équilibre sans leur manquer de respect dans le cas où ce “serait une mauvaise équipe”.

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Image 5 : Les liens puissants

Certes, il vous sera un peu difficile de respecter tous les choix de chacun, toutefois, il serait préférable que vous respectiez ces liens (valeur de 4). Sinon, si vous ne placez pas les personnes sur les lignes vertes ensemble, il vous faudra alors respecter le second choix de ces 2 élèves, ce qui compliquera grandement le choix des équipes.

 

Les télécommandes à élèves, ou les thermomètres à bruits.

 

Il faut laisser un bon 2 à 3 semaines d’exploration aux jeunes. Si vous êtes en fin d’année, vous pourrez instaurer immédiatement le principe du “post-it” pour réguler les choix, mais en début d’année, il est mieux de les laisser ainsi fonctionner. Vous pourrez aussi lancer des petits défis, du style quelles équipes ont le matériel sorti plus rapidement que les autres…

 

Afin de leur communiquer aussi le volume qu’ils “développent” lorsqu’ils fonctionnent en équipe, il vous sera bénéfique d’avoir des “télécommandes à élève” telles que celle-ci:

 

http://stephanecote.org/?p=1943

Image 6 : Les télécommandes à élèves

Simplement avoir des “thermomètres” gradués (avec un plastique sur la partie centrale) où vous crayonnez afin de communiquer à cette équipe le “volume” ou le bruit que vous en percevez. Si une équipe passe au “trop fort”, elle ne peut plus poursuivre ensemble et ils devront temporairement séparer leurs pupitres. Dans l’exemple, l’équipe 4 est présentement “en danger” alors que l’équipe 6 est “trop silencieuse”.

 Astuce pour les thermomètres

Essayez de les avoir sur un mur près de votre pupitre, car le simple fait de marcher vers eux fera que toute votre classe redeviendra instantanément calme et ce n’est pas nécessairement ce que l’on recherche. On veut que les équipes bruyantes apprennent à se régulariser d’elles-mêmes et avec ce système, ils comprendront beaucoup mieux leur impact sur le reste de la classe. S’ils ne vous voient pas aller aux thermomètres, c’est ainsi qu’ils pourront être “pris” sur le fait. Avec cet outil, ils pourront travailler en équipe le double du temps que ça vous prendrait normalement avant d’arrêter la tâche! De plus, cet outil transfère l’information à l’équipe et fonctionne beaucoup mieux que l’attribution de rôles internes. C’est leur responsabilité de s’assurer d’un fonctionnement efficace et dans un environnement sain pour les autres équipes.

 

Les changements libres.

 

Après 3 semaines, les élèves peuvent décider de rester là où ils sont ou de changer de place. Afin de ne pas repasser par un sociogramme toutes les fois, j’ai refait la classe avec le logiciel du TBI et ils passent, à la souris (et non devant toute la classe), se déplacent. Ils le font ainsi pendant 2 ou 3 vagues successives, car Clara se place avec Ashrim et lorsque TI-counne passe à l’ordinateur, il décide de se mettre avec eux, Clara pourra (seconde vague), se déplacer ailleurs si elle le désire. En une période (pendant qu’ils font un exercice), toute la classe a pu passer 2-3 fois à l’ordinateur. Puis on se place comme décidé, et on l’essaie encore pendant 2-3 semaines. L’idée de rester ainsi, c’est pour leur montrer qu’il faut parfois persévérer afin d’obtenir une bonne amitié. Je fonctionne ainsi jusqu’au mois de novembre normalement.

image002

Image 7 : Exemple d’élèves placés par eux-mêmes

(on voit que certains voulaient l’aide du prof)

 

Le post-it

(vous pouvez sauter l’étape du changement libre,

car le post-it est plus évolué comme outil).

Malgré tous ces choix qu’ils peuvent faire, et le fait qu’ils peuvent maintenant changer de place quand bon leur semble, ils ont parfois tendance (même tardivement dans l’année), à se priver temporairement (aller près du prof ou même seul) et lorsqu’ils vivent quelques succès au niveau académique, ils croient qu’ils peuvent retourner avec leurs amis… Et c’est justement cette valse qui s’installe et avec laquelle je n’arrivais pas à manœuvrer convenablement…

 

Je me cherchais un outil, un peu à la manière des “télécommandes à élèves” qui pourraient communiquer à l’élève que son comportement lui était néfaste à lui (ou ses pairs) et lui permettre l’opportunité d’expérimenter ses propres choix. De là découle le Post-it qui rend le rêve de leur laisser choisir leur place accessible.

Post-It note

Fonctionnement

 

Disons que Ti-Counne est plus agité en ce lundi matin (vous avez appliqué les interventions verbales dans le corridor axées sur l’échelle d’excitation qu’il connait bien (voir le point 8 de cet article)… Il semble ne pas être en contrôle et agite ces compères qui semblent attraper le virus de la loufoquerie… Alors vous vous levez, et allez lui coller un Post-it sur son bureau avec l’heure du lendemain. Si votre intervention a eu lieu le lundi matin à 9h00, vous marquez mardi à 9h00 sur le papier collant.

L’élève est maintenant en danger. S’il poursuit son comportement dérangeant, vous pourrez exiger de lui qu’il vienne coller son pupitre sur le vôtre (à l’intérieur des 24h). Toutefois, l’élève a le droit à une passe pour aller marcher dans le corridor afin de se calmer (ce sont mes élèves qui ont ajouté cette règle à partir de discussions dans le conseil de coopération).

Le post-it est aussi rétractable, c’est-à-dire que si vous voyez que l’enfant est redevenu en contrôle de lui-même, vous pouvez aussi le lui enlever. Vous verrez que l’effet est très puissant (après une utilisation de 2 semaines). Certains élèves prennent même leur pupitre et le déplacent dès qu’ils ont le post-it…

Si l’élève perd et qu’il doit venir contre votre pupitre…

  • Conséquence 1 : Il vient de perdre la possibilité de travailler en équipe.
  • Conséquence 2 : Il perd aussi les avantages d’être dans la classe, soit les petites récréations et aller boire de l’eau quand bon lui semble…

 

Pour retourner dans la classe, il devra afficher un comportement exemplaire, ce qui lui vaudra alors un post-it (vert) après une journée d’effort… Ce post-it a l’effet inverse, c’est-à-dire que ça communique à l’élève que s’il poursuit avec ce bon comportement encore pendant une journée, il pourra alors regagner sa capacité à prendre des choix et retournera dans la classe! Si par contre il s’énerve (ou est distrait, bref peu importe la raison qui a fait qu’il s’est vu enlever sa capacité à faire des choix), il perdra son billet collant, et devra se contrôler pendant un autre 48h finalement…

S’il dérape encore (car lorsque j’ai commencé avec cet outil, je me suis retrouvé avec 9 élèves autour de mon pupitre) il pourra avoir un post-il négatif qui l’enverra cette fois-ci dans un isoloir… Et pour en sortir, il devra fournir un effort pendant 3 jours consécutifs…et de là, il peut seulement entrer dans la classe et aller à sa place, sans rien faire d’autre.

C’est très simple, une pile de post-its devient un outil très visuel et très efficace pour ainsi gérer les cas qui ont de la difficulté à prendre leurs propres responsabilités en main.

Astuce trouvée par mes élèves

Avoir de l’aide! Les élèves ont pensé lors d’un conseil de coopération qu’une personne qui s’est fait ainsi déplacer devant le bureau de l’enseignant peut avoir recours à un autre camarade qui, lui, vient pour l’aider à retrouver sa concentration! C’est une idée géniale qui fonctionne, lorsque mise en place!

Enfin pourquoi le fait de les laisser choisir et le post-it fonctionnent-ils?

C’est simple! Ils peuvent explorer leur liberté, et l’outil employé ici s’adapte aux élèves qui ont besoin de plus d’encadrement, sans pour autant brimer leur capacité de choisir. Puisqu’ils ne sont pas “surpris” par la décision de l’enseignant (car le post-it est sur leur pupitre), ils ont alors toutes les occasions pour se reprendre en main! Ils vous voient alors plus comme quelqu’un qui tente de les aider, les outiller, les supporter que quelqu’un qui tente de les contrôler!

Maintenant que vous vous apprêtez peut-être à essayer

de les laisser choisir et d’utiliser le Post-It,

voici ce qui va se produire :

 

Phase 1 (2 à 3 jours)  : L’euphorie.

Après que vous ayez réalisé le sociogramme et le changement de place dans la classe, tout va très bien et ça se sent. Les élèves adorent le fait qu’ils aient pu choisir et l’ambiance de classe s’en trouve bonifiée. Ils ont du plaisir à travailler ensemble, et le font avec enthousiasme. Cette atmosphère est généralisée, et même ceux que vous pensiez qui avaient fait de mauvais choix s’entraident pour se calmer. Vous ne le croyez pas, et pourtant, tout se déroule ainsi.

Phase 2 (fin de la première semaine) : Retour à la normale.

Ici, il vous sera bénéfique d’introduire l’utilisation des thermomètres si vous souhaitez prolonger un peu le moment d’euphorie. N’oubliez pas non plus que les élèves ont aussi besoin de périodes de travail silencieuses, qui seront plus difficiles à obtenir qu’avant. C’est exactement à ce moment que vous devez déployer les Post-it. Ne laissez pas de chance aux premiers qui ne prendront pas en considération l’avertissement qu’est l’utilisation des papiers collants. Soyez par contre “juste”, et donnez-en à tous ceux qui ne respecteront pas la consigne de silence, même des personnes qui ne sont pas normalement des “tannants”.

Phase 3 (les deux semaines qui suivront) : L’effet magnétique du pupitre de l’enseignant

Ce moment sera le plus pénible pour vous et vous serez fortement tenté(e) d’arrêter tout ce système, toutefois la lueur au bout de ces 2 semaines brille déjà (j’ai l’impression d’écrire dans le style des prévisions de signes astrologiques, désolé). Ce qui va se produire, c’est qu’une grande quantité de jeunes se retrouveront collés à votre pupitre (dans mon cas, au pire de la crise, j’avais 9 élèves sur 20 autour de moi). Il vous sera important d’être strict(e). Ceux qui sont collés à votre pupitre n’ont “plus la possibilité de choisir”, donc ils devront travailler tout le temps individuellement. C’est souvent les élèves les plus “sociaux” qui se retrouvent ainsi punis par leur propre comportement, vous serez donc mis(e) au défi.

Comment s’en sortir? Facile, il vous faudra être très vigilant(e). Une ou deux des personnes collées vont faire des efforts pour retourner dans la classe, et vous aurez de la difficulté à les voir, car les autres dérangeront encore un peu. Dès que vous remarquerez leurs prises en mains pendant une journée, vous affichez fièrement le post-it (vert serait un bon choix de couleur ici) pour qu’ils puissent regagner le choix de retourner dans la classe le lendemain s’ils maintiennent ce bon comportement. Ces derniers feront tout pour ne pas être dérangés par les autres. Dès qu’ils retourneront dans “la classe”, ils auront un effet sur 2-3 autres élèves collés à votre pupitre. Si certains dérangent encore malgré le fait qu’ils soient près de vous, ils gagnent un autre post-it pour “aller en voyage dans l’isoloir” de la classe. Malheureusement, un ou deux élèves devront passer par ce chemin. Il n’en est pas de votre ressort, vous leur aurez transféré clairement l’information, c’est eux qui n’auront pas su modifier leurs comportements.

Phase 4 (de 3 à 5 semaines après le début) : Fin de la phase pénible

Il restera 1 à 3 irréductibles et probablement un encore dans l’isoloir qui ne sembleront pas comprendre comment leur propre action les autopénalise. Et c’est comme ça. Vous aurez par contre un effet d’oscillation, c’est à dire, où 2 à 4 élèves vont dans la classe, décident de se replacer avec leurs amis, reperdent leurs capacités de choisir, reviennent à votre pupitre, et retournent assez rapidement dans la classe… Il serait alors bon d’avoir une réflexion/conseil de votre part afin de leur verbaliser qu’ils ne semblent pas faire les meilleurs choix pour eux-mêmes.

Phase 5 (le reste de l’année) : Moments de complicité qui ressemblent à l’euphorie du début, juste que c’est plus constant.

Certes, 1 à 3 élèves vont continuer d’osciller, et peut-être qu’un élève passera de l’isoloir à votre pupitre, et retournera à l’isoloir. Toutefois, vous ne serez plus découragé(e), plus épuisé(e) devant un “tannant” qui vous fait “péter les plombs”, car ce sont les comportements des élèves qui les réguleront, et non votre capacité à répéter ou de les endurer. Vous pourrez alors ajouter d’autres Post-it pour ceux qui ne savent pas remplir leur agenda, et eux gagneront alors un voyage devant le tableau où vous marquez les études et devoirs… Ou des Post-it pour ceux qui n’attachent pas leurs souliers ou autre…

Vous n’aurez non plus besoin de passer par le sociogramme pour former des équipes, vous aurez maintenant une classe “mouvante”, c’est à dire où les élèves changent de place quand ils le veulent et pour des raisons qui leur sont propres. Le fait de demander de séparer les pupitres lors d’évaluation fait aussi qu’ils profiteront de ce moment pour changer d’équipe après les évaluations, ou encore de choisir de rester seuls. Le fait de coller un Post-it sur un pupitre aura un effet immédiat et remarquable, certains prendront même immédiatement leur pupitre et changeront de place. Bref, vous verrez tout plein d’autonomie émerger, et ce, peu importe le niveau où seront les jeunes!

Questions, commentaires, insultes ou compliments, n’hésitez pas!

Un énorme merci à Isabelle Bédard qui, sans me connaître personnellement, a pris le temps de m’offrir une belle révision linguistique de ce document. Merci Isabelle!