bataillenavale

CONSTATS

La compréhension de lecture est difficile à travailler en grand groupe, les niveaux
de compétence varient d’élève en élève. De plus, donner un long texte à lire en
classe brûle des précieuses minutes d’enseignement.

Je souhaitais donc trouver un moyen de faire en sorte que mes élèves travailleront
la compréhension de lecture à la maison. En envoyant le texte à la maison, je
constate rapidement que le tiers de la classe ne fait pas la lecture, l’autre tiers lit si
rapidement que rien n’est compris et le dernier tiers a lu, mais les parents ont
trop encadré le processus pour qu’il soit utile.

MA SOLUTION

Une bataille navale compétitive, féroce et littéraire.

 

 

tourniquet

Tout a commencé par accident.  J’avais donné à mes élèves une lecture d’environ 3 pages en devoir, mais j’avais oublié de préparer les questions à répondre. Un élève particulièrement allumé a réalisé ceci 5 minutes avant la dernière cloche de la journée. Ne voulant pas mal paraître, j’ai expliqué à mes élèves que c’était à eux de composer cinq questions sur la lecture de la semaine et que je prévoyais faire une activité avec leurs questions. Les élèves sont partis content et je devais me trouver une activité.

Les bulletins approchaient et je ne voulais pas m’ajouter le défi de relire toutes ces questions, alors je suis venu avec l’idée d’une bataille navale entre équipages, dont les munitions seraient des questions préparées d’avance.

Pour ce combat,  j’ai séparé la classe quatre équipes, d’un TBI pour afficher les navires et les marins et un tourniquet (qui est aussi un élément interactif dans le logiciel NOTEBOOK). J’associais chaque tranche du tourniquet à une des équipes. Le placement des élèves en îlot facilitait ceci. (voir IMAGE)équipes

Ils devaient ensuite choisir un nom d’équipe. Donc, l’équipe rouge devenait “les méduses”, l’équipe bleu “les requins”, etc. Je cherchais à créer un sentiment d’appartenance, favoriser une rivalité entre les différentes équipes. Le tourniquet allait décider quel navire allait “faire feu” en premier. Un des matelots de ce navire devait choisir quel autre bateau serait attaqué et quel matelot du navire ennemi serait ciblé.

L’équipe rouge a fini par être la plus chanceuse. Un représentant des rouges (Hadi) décida d’attaquer les bleus et il cibla un de ces copains (Anas) et posa une de ses questions préparées (ex. “qui est le personnage principal de l’histoire?”) La question était beaucoup trop facile, il était évident que Thomas a voulu finir son devoir de lecture rapidement et a écrit un peu n’importe quoi.  Si Anas ne réussissait pas à répondre, il “tomberait à la mer” – ce qui veut dire qu’il ne pourrait plus répondre à des questions ou à en poser. Toutefois, le matelot éliminé pourrait aider et partager ses questions avec les autres. L’équipe attaquée reçoit quelques secondes pour se consulter entre eux et Anas répond, bien sûr, la bonne réponse.

Le tourniquet tourne encore, cette fois c’est le tour des bleus à tirer. Ils décident de ne pas répliquer aux rouges et décident de cibler un marin chez les bleus… La canonnade  est entamée. Les rivalités se formaient entre équipes et les élèves cherchaient ardemment à “couler” les autres bateaux en éliminant tous les matelots à bord.  Certains matelots tombent à l’eau, mais les élèves réalisent à la fin d’une dizaines de minutes que la bataille ne se réglerait pas aujourd’hui. Les questions étaient trop faciles.

C’est ici que je commence à enseigner.

DES QUESTIONS PUISSANTES ET DESTRUCTRICES

J’annonce aux élèves qu’ils auront à faire le même activité avec un texte différent pour la semaine prochaine. Mais avant ce prochain duel, ils apprendront les composantes d’une bonne question de compréhension. Ils sont supers motivés et veulent avoir les meilleurs munitions possibles pour défaire leurs adversaires. Maintenant, je les parle de compréhension de lecture et ils sont tous extrêmement motivés.

Je commence avec un cours sur les mots interrogatifs. Je me base un peu sur la méthode de “la lecture explicite”. Sans même que je leur demande, ils prennent en note les mots “pourquoi, quand, où, comment…” et les réponses associées “une raison, un temps/moment, un endroit, une manière…” . Ils sont motivés car ils veulent bien poser des questions, mais aussi bien répondre.  J’ajoute des mots meurtrières comme selon toi, explique et justifie ta réponse ; nous explorons ensemble qu’elle sorte de réponse ces mots peuvent impliquer.

Finalement, je me lance avec eux dans le différence entre une réponse explicite et implicite. Les élèves y voient une arme efficace et veulent s’en approprier. Sans s’en rendre compte, ils apprennent aussi à répondre à de tels questions, pour une classe comme la mienne – multi-niveau, 3e et 4e année – c’est une initiation parfaite pour mes troisièmes et un enrichissement utile pour mes 4e en même temps.

couléNotre deuxième bataille navale fut véritablement épique. Avant de commencer, j’ai donné une quinzaine de minutes au équipes pour préparer leurs minutions et décider entre eux quelles questions étaient plus faciles et lesquelles ils devaient garder pour leurs adversaires les plus habiles. Voir les élèves débattre entre eux à propos de la difficulté des questions était magique. La bataille qui en suivit était tellement mémorable que les élèves en parlaient encore un mois plus tard. Non seulement des marins tombaient à l’eau, mais le texte à l’étude était très bien compris par l’ensemble des élèves. De plus, des élèves qui n’étaient pas nécessairement fort en lecture ont pu vivre des succès en lien avec cette compétence difficile.

C’était un peu bruyant par moments et les élèves étaient excités, mais la gestion n’était pas trop difficile car je pouvais toujours menacer de couler les bateaux trop turbulents.

Je vous recommande l’activité fortement. C’est facile d’approche, facile à gérer, exige peu de préparation et efficace. Je suis très curieux comment elle fonctionnerait dans un autre milieu avec d’autres classes. Si vous avez des questions, n’hésitez surtout pas.

– Nathan Whatley  15 mars 2013